Aiguille Verte par l'Arête des Grands Montets : La Course qui se Mérite
Massif : Mont Blanc
Orientation : Nord
Cotations : D 4c IV
Altitude : 3233 m / 4122m
Durée : 2 jours
Date : Septembre 2022
L'Aiguille Verte, sommet emblématique du massif du Mont-Blanc, résiste souvent aux premières tentatives. Après deux essais infructueux par d'autres itinéraires, nous décidons d'aborder ce 4000 mètres par l'Arête des Grands Montets, une ligne grandiose partant directement d'Argentière.
Un itinéraire ambitieux
L'Arête des Grands Montets, c'est partir directement d'Argentière pour gravir près de 900 mètres de difficultés techniques jusqu'au sommet. Le topo annonce deux jours de course, cotation D, avec du 4c en rocher et des passages en mixte. Le rocher est réputé bon, sauf dans les traversées du bas. Grisés par notre réussite de la semaine précédente sur l'Arête du Jardin à l'Argentière, nous partons confiants. Mais nous n'avons pas le topo détaillé de l'itinéraire. Nous nous fierons aux informations disponibles sur Camptocamp. Première erreur.
L'approche : premiers obstacles
Départ d'Argentière en début de matinée. L'approche se déroule correctement, le glacier est bien bouché grâce aux chutes de neige récentes. Nous progressons à bon rythme jusqu'à la base de l'itinéraire. Un rappel, puis une traversée dans du rocher instable nous conduit au pied d'une... goulotte. Une goulotte ? En plein mois d'août ? Après la sécheresse historique de cet été ? Quelle drôle d'idée.
Bien sûr, elle est en piteux état. En bas, il n'y a que de la terre et du rocher très délité. En haut, une fine langue de glace vive recouverte de neige poudreuse. JB passe un premier passage bien délicat, pose un solide coinceur, mais bute ensuite sur un passage mixte hasardeux. Je prends le relais. Je tente de monter en adhérence sur le rocher, mais je glisse. Chute. Le coinceur posé par JB tient bon. Merci, compagnon de cordée. Je repars, cette fois équipé de crampons et piolet. Je coince le pied droit dans une fissure, l'autre dans la terre compacte, et je passe ainsi le pas difficile. Nous voilà au-dessus de cette section piégeuse, mais épuisés. Cette goulotte, non mentionnée dans les informations que nous avions, nous a coûté du temps et de l'énergie.
Soleil, vent, et concentration
Nous nous retrouvons ensuite au soleil, mais avec un vent glacial qui nous transperce. Nous atteignons une brèche à la base des dalles de la Pointe Ségogne. La première dalle semble en bonne condition, la fissure n'est pas bouchée, mais une portion de la seconde dalle est recouverte de neige. Je pars dans cette première section. Peu engageante à première vue, elle se révèle, une fois dedans, remarquable. L'escalade est fluide, agréable, et la fissure offre de bonnes possibilités de protection. Chaque mouvement se place naturellement. JB me rejoint, ravi, et prend le relais pour la courte traversée et la seconde partie qui s'annonce plus complexe.
Cette seconde dalle se découpe en deux parties. Une première fissure mène à une petite vire sur le fil de l'arête. Ensuite, deux possibilités : soit suivre le fil de l'arête, simple mais très exposé, soit traverser en dalle sur 5 mètres pour rejoindre une seconde fissure menant au sommet. Nous optons pour la traversée. Plus sécurisante dans les conditions du jour. JB évolue avec précision, place les protections, progresse avec fluidité. Je le suis, concentré sur chaque prise, chaque appui.
Après deux rappels, nous atteignons des "dalles à bicyclette" au niveau du col du Nant Blanc, parfaites pour bivouaquer.
Arête et lumières
Après une nuit bercée par les craquements des glaciers alentours tourmentés, nous reprenons la course. L'arête devient neigeuse, le cadre est somptueux au lever du jour. À notre droite, le couloir nord des Drus plonge dans le vide. À gauche, le versant Cordier dévoile ses pentes glaciaires. Devant nous, le sommet de la Verte se rapproche. Le rythme est bon, la cordée fonctionne parfaitement. Nous progressons ensemble, sans précipitation, en savourant chaque mètre gagné.
Arrivée au sommet de l'Aiguille Verte en fin de matinée. 4122 mètres. Enfin. Après deux tentatives infructueuses, après cette journée et demi exigeante sur l'Arête des Grands Montets, nous sommes là. Le panorama est grandiose. Le massif du Mont-Blanc s'étend à 360 degrés. Tout est là. Nous prenons le temps. Quelques photos, un moment de silence, le plaisir simple d'être au sommet. Puis il faut redescendre.

Descente par l'Arête du Moine
La descente se fera par l'Arête du Moine. À cette époque de l'année, le couloir Whymper n'est plus en bonnes conditions. L'Arête du Moine, itinéraire de descente alternatif, demande concentration et vigilance mais offre un cheminement plus sûr. Nous progressons prudemment, en alternant désescalade et rappels. Le relief est varié, alternant passages rocheux et sections de neige. Retour au refuge en début de soirée, puis descente vers la vallée le lendemain.
Maintenant nous pouvons le dire, nous sommes Montagnards.
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